Paraissant cet automne, l’ouvrage de Jérôme FOURQUET et Ruben RABINOVITCH ne pouvait mieux tomber alors qu’un mouvement social d’une violence inédite a embrasé les villes françaises les 17 et 18 octobre suite à une agitation lycéenne qui, elle, s’était enkystée depuis la fin du mois de septembre.
Ce livre n’est cependant pas une coïncidence, encore moins un phénomène de surf d’actualité sur fond de pauvreté de revendications lycéennes ou d’incohérences des revendications sociales. Commis par l’un des plus fins connaisseurs de la société française contemporaine (Jérôme FOURQUET), il en élargit - avec l’aide du psychanaliste Ruben RABINOVITCH - la réflexion habituellement statistique aux profondeurs sociétales. Homo occidentalis est la conclusion d’une radioscopie statistique effectuée depuis des décennies, qui nous montre les ruptures anthropologiques au sein de la société française mais que l’on retrouve également dans l’ensemble des sociétés occidentales.
Qu’il soit appelé « peuple roi » par les auteurs ou « société des individus » par un autre observateur également averti (Pierre BROCHAND), la réalité analysée est la même à savoir l’émergence d’une société d’individus fondamentalement narcissiques, incapables de gérer la moindre frustration et rejetant toute verticalité. Ce modèle psychologique est ainsi projeté dans les comportements politiques et sociaux où il vient expliquer de la manière la plus pertinente les impatiences, les radicalités et les violences jusque dans l’actualité la plus immédiate.
L’analyse n’est fondamentalement pas nouvelle, et les critiques portées à l’encontre de l’hédonisme remontaient déjà à l’introduction du modèle de société de consommation et de l’American way of life. FOURQUET et RABINOVITCH, à l’aune des sciences sociales, apportent cependant de nouveaux éclairages plus spécifiques à la société française du temps présent. La relation qu’ils font, par exemple, entre la mutation qui voit les individus passer de la névrose à la dépression avec l’explosion de la consommation de drogues est particulièrement intéressante. La représentation politique actuelle souvent décrite en vide, lâcheté et décorrélation du pays réel en est aussi une conséquence directe.
Sans juger les mutations à l’oeuvre, les auteurs en décrivent l’horizon des conséquences politiques et sociales. Ces dernières demeurent sombres et dangereuses pour l’équilibre de sociétés qui, jusqu’à présent, parvenaient à se construire autour d’une verticalité et d’une transcendance qu’elle soit appelée « destin collectif », « unité nationale » ou tout simplement « Histoire ». C’est ici que la réflexion du sondeur et du psychanaliste prend une dimension singulière surtout si elle est croisée avec d’autres travaux portant sur les thèmes de l’immigration, de l’échec de l’intégration/assimilation, de l’intersectionnalité et de la convergence des luttes recherchée par LFI.
Non seulement l’analyse est à étendre au-delà de la France – notamment à nos voisins européens tels que l’Espagne, la Belgique, le Royaume-Uni et bien d’autres – mais elle pose aussi et surtout la question fondamentale de la capacité de nos sociétés à faire vivre un Esprit de défense alors que l’anomie, l’atomisation, l’individu roi sont désormais la règle. Ce n’est ni plus ni moins que le spectre d’une guerre civile entre communautés diverses, déjà annoncée depuis des années par les observateurs les plus alertes, qui désormais s’impose à ciel ouvert avec la violence des 17/18 octobre derniers. Voire un affrontement d’individus entre eux sans aucune représentation sociale particulière ni revendications autres que celles motivées par la somme de leurs égoïsmes. Ainsi est-ce le sens à donner aux lycées incendiés et aux commerces pillés ces dernières semaines.
Homo occidentalis est un livre à lire dès à présent.
- FOURQUET (Jérôme) et RABINOVITCH (Ruben), Homo occidentalis. Que sommes-nous devenus ? Seuil, 2026, 448 p.
- Jérome FOURQUET, « Les traits caractéristiques de l’Homo occidentalis : la dépression, le narcissisme, la frustration », La Matinale de Radio classique du lundi 26 octobre 2026.