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L’exécution de Jeanne d’Arc (1431)
Article mis en ligne le 10 mai 2017
dernière modification le 1er mai 2026

par Nghia NGUYEN

Jeanne au bûcher. Illustration des «   Vigiles de la mort de Charles VII   » de Martial d’Auvergne (v. 1483)

 

Le 30 mai 1431, au terme d’un procès en hérésie de trois mois instruit par l’Évêque de Beauvais, Pierre CAUCHON (1371-1442), Jeanne d’Arc est brûlée vive sur la place du Vieux Marché de Rouen. Ses cendres sont dispersées dans la Seine. Paysanne inspirée, originaire de Lorraine (Domrémy), Jeanne d’Arc a joué un rôle historique d’autant plus complexe à analyser que sa vie fut réellement courte (elle meurt à l’âge de 19 ans), et son action militaire limitée eu égard à l’influence décisive qu’elle a pu exercer sur le cours de la Guerre de Cent Ans. Une influence essentiellement psychologique, lorsqu’elle donne un coup d’arrêt aux capitaines anglais du Régent Jean de BEDFORD (1389-1435) devant Orléans (1429). Ce fait d’armes met cependant fin à l’ascendant anglo-bourguignon, et permet au Dauphin Charles de relever la tête. La levée du siège d’Orléans fut, en ce sens, une victoire stratégique pour les Français.

Une victoire à nuancer, cependant, d’un point de vue géopolitique car la véritable rupture stratégique est celle qui inverse décisivement le rapport de force entre la France et l’Angleterre, empêchant définitivement le projet de double monarchie. Dans cette perspective, c’est le Traité d’Arras du 21 septembre 1435 qui - en mettant fin à la guerre civile, en reconnaissant Charles VII comme roi et, surtout, en faisant sortir le duché de Bourgogne de l’alliance avec l’Angleterre - rétablit le rapport de force en faveur du nouveau roi de France. Ce n’est donc qu’à partir de 1435, que ce dernier, longuement paralysé par l’alliance anglo-bourguignonne, peut enfin redresser la tête et relancer un effort de guerre décisif contre le souverain Lancastre. Jeanne d’Arc fut, donc, un paradoxe dans son combat à vouloir libérer le royaume de l’invasion anglaise. Représentante du parti de la guerre contre l’allié du roi Lancastre - le duc de Bourgogne Philippe le Bon (1396-1467) -, elle était objectivement un obstacle à cette rupture stratégique et sa disparition a, paradoxalement, permis le renforcement du Roi de France.

La complexité du phénomène Jeanne d’Arc tient à sa postérité à la fois dans l’histoire chrétienne et dans le récit national français. Réhabilitée quelques années seulement après sa mort, elle est canonisée en 1920. Sainte et sainte patronne, Jeanne d’Arc est également érigée en héroïne par la IIIe République dans un contexte d’affirmation nationaliste face aux puissances européennes, notamment le Reich allemand. Encore de nos jours, la personne de Jeanne d’Arc continue de cristalliser une idée de l’identité française auprès d’une droite patriote et souverainiste.

 

Statue de Jeanne d’Arc à Compiègne. C’est à l’entrée de cette ville tenue par les Bourguignons, alors alliés aux Anglais, que Jeanne d’Arc fut capturée le 23 mai 1430

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Bibliographie

  • BEAUNE (Colette), Jeanne d’Arc. Vérités et légendes, Tempus Perrin, 2012, 253 p.
  • de VILLIERS (Philippe), Le roman de Jeanne d’Arc, Albin Michel, 2014, 450 p. Une adaptation littéraire et érudite de la vie de Jeanne d’Arc.

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