
- Votre dernier essai s’intitule Pour quoi serions-nous encore prêts à mourir ? Le mot « encore » signifie-t-il que mourir pour un idéal est une faculté que nous avons perdue ? Quand est-ce arrivé ?
Alexandra LAIGNEL-LAVASTINE - Je dirais que l’Europe s’est construite, depuis 1945, sur le désaveu du Mal radical. Le voyant revenir sous une forme imprévue et embarrassante — l’islamo-fascisme —, elle a choisi de faire l’autruche. Quant à la guerre, elle s’est perdue dans les méandres du XXe siècle. Et outre notre ramollissement consumériste, un autre facteur joue en sous-main : nous vivons sur l’idée folle selon laquelle, pour se débarrasser des tragédies du XXe siècle, il suffirait d’en finir avec le tragique lui-même. D’où le fait que nous nous savons en guerre, mais que nous ne voulons toujours pas le savoir : nous voulons avoir la paix !