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Il faut sauver le soldat Ryan (1998)
Article mis en ligne le 3 janvier 2022

par Nghia NGUYEN

Le soldat James Francis RYAN (interprété par Matt DAMON) et le capitaine John H. MILLER

John WILLIAMS - Revisiting Normandy

 

Un succès cinématographique

Succès cinématographique et commercial à sa sortie, en 1998, le film de Steven SPIELBERG, Saving private Ryan, raconte le sacrifice d’un groupe de soldats américains pour sauver un autre soldat. Fiction qui s’inspire de faits réels Il faut sauver le soldat Ryan a pour cadre le débarquement du mardi 6 juin 1944 et les tous premiers jours de la bataille de Normandie qui lui succéda. Le film est resté célèbre avec la bataille d’Omaha Beach qui ouvre le film. Tournée sur les plages irlandaises, elle dure plus de vingt minutes et met en scène un millier de figurants. Devenue un véritable morceau d’anthologie du cinéma de guerre, cette reconstitution historique a marqué par la brutalité de son réalisme guerrier et les scènes d’amputations et de blessures.

À l’issue du débarquement meurtrier sur Bloody Omaha, et alors que l’administration militaire établit les pertes humaines de l’opération, le commandement apprend que deux frères d’une même famille – la famille RYAN - ont perdu la vie ce 6 juin (1) alors qu’un troisième avait déjà été tué auparavant dans le Pacifique. Un quatrième et dernier frère serait encore en vie quelque part en Normandie, mais l’état-major reste sans nouvelle de lui depuis plusieurs jours. Parachutiste au sein de la 101e Airborne, James Francis RYAN, a été largué avec son unité derrière les lignes allemandes à la veille du débarquement. C’est ce dernier frère que l’état-major américain décide de faire revenir dans sa famille. Pour cela, un groupe est formé dont la mission est de le retrouver dans le brouillard de la guerre, et de le ramener sain et sauf.

Commandant une compagnie du 5e bataillon de Rangers, le capitaine John H. MILLER a été durement éprouvé sur Omaha Beach où il a fait partie de la première vague d’assaut. Quelques jours après le débarquement, alors que son unité a déjà souffert de très nombreuses pertes, il part à la recherche de James RYAN avec 7 de ses soldats. Personnalité insaisissable pour ses hommes (2), néanmoins apprécié pour son humanité, le capitaine MILLER n’en doit pas moins convaincre ces derniers du bien-fondé de la nouvelle mission alors qu’il est lui-même en proie au doute. Hanté par le souvenir des soldats tués sous son commandement, l’officier s’était jusqu’à présent persuadé que chaque homme qu’il avait été amené à sacrifier lui avait cependant permis d’en sauver plusieurs autres, mais sa nouvelle mission lui demande cette fois de risquer la vie de tout un groupe pour n’en sauver qu’un seul.

Le soldat James RYAN est finalement retrouvé dans le village de Ramelle où, avec un groupe de parachutistes rescapés de la 101e, il défend un pont sur la rivière Merderet. Au cours d’un dernier combat, le capitaine MILLER et ses rangers se joignent à eux afin de pouvoir à la fois défendre le pont et sauver James RYAN. Les parachutistes et les rangers sont tués lors de l’assaut allemand à l’exception du 1re classe REIBEN et du caporal UPHAM. Alors que les Allemands sont sur le point d’emporter le pont, l’intervention in extremis de renforts américains sauve le pont et le soldat RYAN. Mortellement touché, le capitaine John MILLER a le temps de voir le sauvetage de James RYAN avant de succomber à son tour.

 

Avec la mort de l’infirmier Irwin WADE (interprété par Giovanni RIBISI), la perception de l’absurdité de la mission atteint un point maximal au sein du groupe.

 

La critique du film

Dès sa sortie, Il faut sauver le soldat Ryan a rencontré un grand succès, remportant cinq Oscars du cinéma dont celui du meilleur réalisateur. Le film demeure incontestablement une réussite même si de nombreuses erreurs factuelles et techniques sont à souligner. Il est à noter, par exemple, une confusion dans les secteurs d’opération des deux grandes unités aéroportées américaines engagées dans le Cotentin à ce moment : la 101e et la 82e Airborne. Dans le secteur de Ramelle, les parachutistes auraient dû être des combattants de la 82e

Le ciel est aussi largement « abandonné » tout au long du film. L’aviation alliée était pourtant particulièrement présente dans le ciel normand à partir du 6 juin. L’apparition de P-51 Mustang arrêtant la contre-attaque allemande à l’extrême fin du film est, par ailleurs, peu crédible cet appareil était un chasseur de supériorité aérienne à long rayon d’action, dont la mission était avant tout l’escorte des bombardiers plutôt que le soutien des forces au sol. Ce dernier rôle était davantage dévolu aux Republic P-47 Thunderbolt, Hawker Typhoon et Hawker Tempest.

Si, dans le secteur historique où l’histoire se déroule, le village de Ramelle n’existe pas, il n’y avait pas non plus d’unités SS et encore moins de compagnie de chars lourds Tigre (3). Ces derniers n’arriveront que plus tard et seront engagés dans le secteur de Caen contre les Anglo-canadiens. Par ailleurs, les Tigre I qui apparaissent lors de la bataille de Ramelle ne sont que des reconstitutions en superstructure du célèbre blindé allemand. Les plans des trains de roulement montrent que les véritables engins utilisés pour le film sont des chars T-34 soviétiques… Cette reconstitution approximative que les amateurs de la Deuxième Guerre mondiale auront remarquée, s’explique par le fait qu’il n’existe quasiment plus de vrais Tigre I en état de fonctionnement (4).

Si la représentation des soldats américains est correcte, celle des soldats allemands l’est beaucoup moins. Avec leur crâne entièrement rasé, ils ne ressemblent pas vraiment à ceux qu’ils sont censés personnifier. Dans la Wehrmacht, les soldats avaient le crâne rasé à blanc sur les côtés et derrière mais avec des cheveux beaucoup plus longs sur le dessus.

Ces considérations techniques n’empêchent nullement la qualité technique du film, dont le succès a cependant fait naître un reproche plus profond à savoir la critique d’une mise en valeur de l’armée américaine à une époque où l’Armée rouge contribuait bien davantage à la victoire sur le IIIe Reich. En effet, les pertes subies en une journée sur Bloody Omaha – si traumatisantes furent-elles pour la mémoire américaine – étaient bien peu à l’échelle des combats titanesques qui ensanglantaient au même moment le front de l’Est. Si la résistance de la Wehrmacht fut acharnée à l’Ouest elle fut fanatique à l’Est, et les pertes de l’Armée rouge furent sans commune mesure avec celles de l’US Army tout au long du conflit, quelle que soit la bataille.

Un film de héros

La magie d’Hollywood, liée aux talents de Steven SPIELBERG et de John WILLIAMS (5), a en effet participé directement et le plus efficacement à l’héroïsation des combattants américains. Entre deux combats, le film permet d’explorer les personnalités, les états d’âme, les faiblesses comme les doutes des soldats qui accompagnent le capitaine MILLER. Il y a une individualisation et une humanisation des personnages qui contraste avec une représentation impersonnelle de l’ennemi (6). La question du sacrifice et de son utilité traverse tout le film, ce que reflète particulièrement le personnage de John MILLER dont on perçoit la charge de la responsabilité de la mission et la difficulté à lui donner un sens. Il s’en dégage un réel attachement pour cette chair sensible qu’anéantit la guerre, et qui culmine avec les derniers mots de MILLER à RYAN : « Mérite ça… Mérite le ».

C’est dans le cimetière militaire de Colleville-sur-Mer (Calvados), avec un drapeau américain en fond, que commence et se termine le film. Un vieil homme entouré de son épouse, de ses enfants et de ses petits-enfants – James Francis RYAN – revient sur les traces de son passé pour remercier au soir de sa vie l’homme (John H. MILLER) et les hommes à qui il doit la vie. Le lieu est hautement symbolique. Territoire américain en terre française, dont le paysage est soigneusement entretenu depuis des décennies, le cimetière surplombe la plage d’Omaha Beach. Quels que soient les plans et les perspectives choisis par le cinéaste, les alignements de croix blanches en imposent d’emblée. Si les corps ont été, depuis, rapatriés aux Etats-Unis, les 9387 sépultures continuent, encore aujourd’hui, de témoigner du sacrifice américain pour la libération de la France. Du soldat au général, toutes les croix demeurent rigoureusement alignées comme si la mort et son éternité pouvaient, seules, unir dans la plus parfaite égalité.

Il faut sauver le soldat Ryan est un film de héros qui raconte le courage et le sacrifice inhérents à l’héroïsme. Il le fait de manière magistrale à l’endroit de vertus universelles qui, si elles ne sont pas spécifiques aux soldats américains, sont particulièrement magnifiées par le cinéma américain pour des soldats américains. Alors que l’émotion est aussi forte lorsque l’on parcourt l’ossuaire et le cimetière de Douaumont ou les cimetières britanniques, canadiens et allemands de la Somme, comment expliquer que les cinémas français, britannique, canadien et allemand n’aient pas su rendre un hommage aussi fort et universel à l’héroïsme de leurs soldats ? Au lendemain de la Guerre froide, il était aussi donné de voir des Berlinois promener leurs chiens sur les fosses communes du Mémorial de Treptower Park, et d’en observer d’autres faire du roller dans les allées de ce haut-lieu du sacrifice soviétique de la Deuxième Guerre mondiale. Des scènes impensables à Colleville-sur-Mer.

Avec son impressionnante statue du soldat et de l’enfant, le Mémorial de Treptower Park rappelle la contribution humaine exorbitante de l’URSS à la victoire sur le Reich hitlérien : près de 11 millions de soldats soviétiques sont tombés durant la Deuxième Guerre mondiale dont plusieurs dizaines de milliers dans la dernière grande bataille pour Berlin (7). Cependant, la guerre totale et raciale menée par les Nazis n’explique pas à elle seule cette catastrophe humaine. Il faut y ajouter également les fautes et les décisions criminelles de Joseph STALINE envers son peuple et sa propre armée. Par opposition, la guerre menée par les États-Unis a montré un autre visage avec une contribution, certes, plus matérielle qu’humaine à la victoire mais non moins décisive pour autant. L’US Army s’est ainsi montrée soucieuse de préserver au mieux les vies de ses soldats nonobstant le manque d’audace, d’imagination et de compétences guerrières de ses généraux. Inspirée de l’histoire des frères Frederik, Robert, Edward et Preston NILAND, Il faut sauver le soldat Ryan restitue cette réalité.

 

 

__________

  1. Cf. L’un a été tué sur Omaha Beach et le deuxième sur Utah Beach.
  2. Cf. Durant une première partie de l’histoire, les soldats mettent en jeu une cagnotte afin de savoir qui était John H. MILLER avant la guerre. Le personnage – remarquablement interprété par l’acteur Tom HANKS – est donc représentatif de ces milliers d’officiers de l’US Army mobilisés en masse et directement issus de la société civile. C’est au cours d’une tentative d’insubordination du 1re classe Richard REIBEN – mettant en péril à la fois la cohésion du groupe et la mission – que le capitaine MILLER décide de révéler son statut d’avant-guerre : professeur de Lettres.
  3. Cf. C’est en secteur britannique et canadien, aux alentours de Caen, que les alliés se sont heurtés dès le 6 juin à la 12e Division SS Hitlerjugend. Quant aux autres divisions SS – Leibstandarte et surtout Das Reich que le film fait intervenir -, elles ne seront sur le théâtre d’opération que bien plus tard.
  4. Cf. Le film de David AYER, Fury (2014) mettra cependant en scène le seul char Tigre I encore en état de marche dans le monde. Il s’agit de l’exemplaire appartenant au Musée des Blindés de Bovington (Royaume-Uni).
  5. Cf. Composée par John WILLIAMS, la bande originale du film connut aussi un grand succès.
  6. Cf. Le seul soldat allemand qui apparaît individualisé dans le scénario du film – tout en demeurant anonyme – est ce prisonnier que le capitaine MILLER fait relâcher après l’attaque d’une position qui coûte la vie à l’infirmier Irwin WADE. Ce soldat réapparaît dans la contre-attaque de Ramelle où le caporal UPHAM le voit abattre MILLER. UPHAM qui avait pourtant intercédé pour qu’il soit épargné, finit par l’abattre lui-même. Cette histoire dans l’histoire pose la question de la justification du crime de guerre.
  7. Cf. Pertes auxquelles il faudrait ajouter celles des populations civiles.

 

John WILLIAMS - The last battle

 

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