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Visite de la CRS 18 de Poitiers
Article mis en ligne le 31 octobre 2019
dernière modification le 1er novembre 2019

par Nghia NGUYEN

Le mercredi 30 octobre 2019, une quinzaine d’auditeurs de l’association régionale Poitou-Charentes (AR 18) de l’IHEDN était invitée à venir visiter la CRS 18. Dans une démarche d’approfondissement de leur culture de défense, les auditeurs de l’AR 18 vécurent une journée au contact d’une unité du maintien de l’ordre largement mise en avant avec l’actualité des gilets jaunes.

Située dans la ville de Poitiers, la CRS 18 est commandée par le Commandant Charles PALY, ancien inspecteur et policier de vocation avec 33 années de service dans l’institution. C’est en 1997 qu’il rejoint les CRS d’abord à la CRS 18 comme officier subalterne, puis à la CRS 22 (Périgueux) avant de revenir à Poitiers où il prend le commandement de la CRS 18.

Fortement sollicitées, les sections opérationnelles de la CRS 18 n’étaient malheureusement pas présentes sur les lieux avec leurs matériels au moment de la visite. En revanche, leur commandant réalisa une présentation complète des CRS, engageant des débats particulièrement ouverts avec les auditeurs.

 

Auditeurs de l’AR 18

 

Une composante essentielle du maintien de l’ordre

Les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) sont nées le 8 décembre 1944 afin de garantir l’ordre public dans un pays encore en guerre, dont la transition politique, économique et sociale était, elle aussi, encore en jeu. En 1953, à la veille du conflit, les premières CRS sont déployées en Algérie, mais c’est avec l’agitation du printemps 1968 qu’elles connaissent véritablement l’engagement fondateur de leur vocation. Réorganisées en 9 groupements en 1992, les CRS voient leur nombre ramené à 7 groupements calqués sur les zones de défense en 2003. Ces groupements deviennent des directions zonales en 2005. C’est donc une institution en constante adaptation, collant au plus près des réalités du maintien de l’ordre, qui a profondément évoluée depuis sa création.

Aujourd’hui, les CRS représentent l’une des 8 directions centrales qui constituent l’architecture de la Police nationale. Avec un effectif global de 13 053 fonctionnaires, la DCCRS est la direction la plus importante après la Direction Centrale de la Sécurité Publique (DCSP). Le cœur des CRS est constitué de 60 compagnies chargées du maintien de l’ordre, auxquelles viennent s’ajouter 9 compagnies autoroutières (1) et 6 unités motocyclistes zonales. L’ensemble est prépositionné sur l’étendue du territoire avec une concentration particulière en région parisienne et sur l’axe Lille/Paris/Lyon/Marseille. Une compagnie (avec des éléments motocyclistes) reste spécialement affectée au Service de Protection des Hautes Personnalités (SPHP). C’est à cette CRS 1 qu’est également rattachée la Musique de la Police nationale. En plus de ces grandes unités, les CRS ont aussi développé des unités spécialisées dans les missions de sauvetage en mer et en montagne. C’est en 1947 qu’a été déployée la première unité de secouristes CRS en montagne.

 

 

Le tournant de Villiers-le-Bel (novembre 2007)

Dans les grandes dates qui ont marquées les CRS, la confrontation avec les gilets jaunes restera très certainement du fait de sa sociologie, de sa durée et de son intensité durant les premiers mois du mouvement. Cependant, s’il y a un évènement contemporain qui les a profondément touchées, ce sont bien les émeutes urbaines dont l’épicentre fut Villiers-le-Bel en novembre 2007. Le RETEX qu’en rapporta le Commandant PALY, citant le témoignage du commandant de la CRS 43 (Chalon-sur-Saône) alors engagée au plus fort des émeutes, témoigna de la détresse des CRS alors encerclés dans l’action. Le nombre des attaquants (environ 300), leur organisation et leur mobilité, leur agressivité extrême et, surtout, l’usage inédit d’armes à feu (fusils de chasse et pistolets à grenaille) ont provoqué une remise en question de la doctrine même du maintien de l’ordre.

Depuis les émeutes urbaines de Villiers-le-Bel, la doctrine du maintien de l’ordre a davantage insisté sur la mobilité et la souplesse d’emploi des unités. En plus de la palette des armements non létaux et des armes de poing (2), des fusils d’assaut HK G36 au calibre OTAN (5,56 x 45 mm) équipent désormais les sections des CRS. Des équipes nouvelles sont apparues au sein des compagnies : les « Binômes Observateur Tireur » (BOT) armés de fusil de précision Tikka T3 TAC. Postés en arrière des barrages, les BOT repèrent et neutralisent d’éventuels tireurs adverses. Surtout, la CRS s’appuie maintenant sur un environnement d’observation et de renseignement en temps réel, qui permet une meilleure compréhension de la situation tactique, et un meilleur partage de l’information entre les différentes unités sur le terrain. Directement connecté au système SARISE (3), le commandant d’une CRS a - depuis son véhicule de commandement dont les portières dispose d’une protection renforcée - une réelle capacité d’anticipation. Aide au commandement, le SARISE est aussi un outil de police judiciaire a posteriori.

 

  • Le fusil Tikka T3 TAC (pour « tactical ») est une arme fabriquée par la firme finlandaise Sako. Doté d’un canon rayé semi-lourd chambré en 7,62 x 51 mm (calibre .308 Win), le Tikka est une arme à rechargement manuel (culasse à verrou). Modulable et d’une grande précision jusqu’à 1000 m, elle est particulièrement appréciée par les militaires, les gendarmes et les forces de police.

Véhicule de commandement

 

De nos jours, 2 CRS sont maintenues en renfort permanent dans la région Île-de-France, 1 dans le département du Nord, 1 dans le département du Rhône, 2 dans celui des Bouches-du-Rhône. 4 compagnies restent, par ailleurs, projetables sur n’importe quel point du territoire. Cette souplesse d’emploi ne peut cependant faire oublier le problème récurrent de la baisse des effectifs qui touche toutes nos institutions de défense. En 1965, une section d’une CRS comptait 45 policiers. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 25. Des hommes donc mieux armés et mieux protégés, mais beaucoup moins nombreux face à des menaces mutantes et plus violentes qu’en mai 68. En plus des casseurs et des blacks blocs qui développent de véritables tactiques de guérilla urbaine, les CRS redoutent d’autres affrontements avec certaines catégories de manifestants au premier rang desquels on trouve les agriculteurs et les marins-pêcheurs. Les affrontements contre les pompiers sont également éprouvants pour nombre de CRS, qui considèrent ces confrontations comme « fratricides ».

Le tribut en blessés des CRS est élevé. Il témoigne d’un durcissement du climat social, et du franchissement de certains seuils comme l’ont montrés les affrontements de Villiers-le-Bel. Sans aller jusqu’à l’utilisation d’armes à feu, l’emploi de cocktails molotov et, surtout, de fusées de détresse, occasionne de graves brûlures dont certaines – au phosphore – sont difficilement guérissables. Au sein des sections de CRS, tous les chefs de groupe disposent d’une trousse de secours dans laquelle on trouvera des pansements compressifs et des garrots de types militaires, des compresses spécifiques aux brûlures graves et un kit « section de membre » en cas d’amputation sur le terrain.

 

Armurerie de la CRS 18

 

La SPI 4G

À partir de 2015, le terrorisme islamiste et la perspective de tueries de masse constituent aussi un tournant pour l’ensemble des forces de la sûreté intérieure. Si les CRS ne sont pas directement dédiées à la lutte anti-terroriste, elles sont entraînées par la force des choses dans la nouvelle doctrine d’intervention face à une tuerie de masse. C’est en tous les cas, une mission qui peut désormais incomber à une CRS, à savoir agir en primo-intervention voire en unité de type 2 face à un attentat de type Bataclan.

 

TYPOLOGIE DES UNITÉS D’INTERVENTION FACE À UNE TUERIE DE MASSE

  • Type 1 – Primo-intervenant : n’importe quelle unité immédiatement à proximité des lieux de la tuerie
  • Type 2 – Unités durcies et mieux préparées (PSIG Sabre, SPI 4 G, pelotons d’intervention divers…)
  • Type 3 – Unités spécialisées : BRI, RAID, GIGN

Fusil d’assaut HK G36

 

Chaque CRS dispose ainsi d’une unité SPI (Section Protection Intervention). Il s’agit d’une section dont les membres ont un niveau d’entraînement physique et tactique plus élevé. Depuis 1995, les SPI sont devenues SPI 4G (4e génération). Particulièrement durcie face à la montée des violences et à la diversification des menaces, la SPI 4G se distingue par une protection et un armement renforcés de type guerre (munitions optimisées 9 mm cop, 7,62 x 51 mm, 5,56 x 45 mm), un écussonnage basse visibilité, une grande mobilité, et une doctrine d’emploi sans cesse affinée.

En son principe, la SPI 4G est l’élément de pointe d’une CRS, dont la mission est de neutraliser ou de faire cesser une menace. Cependant en pratique, et à la manière du « couteau suisse » de la CRS, la SPI 4 G doit être capable d’intervenir aussi bien dans une foule hostile mais sans armes létales, que dans une foule avec des éléments munis d’armes à feu... Élément le plus mobile de la compagnie, la SPI 4G pourra aussi bien être employée en milieu pénitentiaire lors d’une mutinerie, que sur un site de tuerie de masse. Proportionnalité de la riposte et usage d’armes à létalité réduite (afin de ne pas blesser ou tuer des otages ou des personnes situées à proximité de la zone d’engagement) sont au cœur de l’entraînement d’une SPI 4G. Souplesse tactique également : la SPI 4G est conçue comme une unité élémentaire flexible et sécable, capable de s’articuler de manière ad hoc soit en recomposant ses binômes, soit au sein d’une colonne d’assaut, soit entre plusieurs colonnes…

Considérée comme une force de type 2, une CRS est théoriquement capable de créer une Bulle Tactique d’Intervention (BTI) à savoir un zonage contrôlé en 3 secteurs 3D et sur 360° autour d’un site de crise : la zone d’intervention, la zone de contrôle et la zone de soutien. En cas de retard des unités de type 3, la CRS doit être capable de gérer la BTI en engageant sa SPI 4G dans la zone d’intervention, et en permettant l’organisation de Colonnes d’Extraction des Victimes (CEV) qui chemineraient par des check points situés entre les zones d’intervention et de contrôle. Simultanément, elle permettra l’installation des premiers éléments du système SINUS (4) dans la zone de soutien.

__________

  1. Cf. Le territoire compte 4700 km d’autoroutes.
  2. Cf. L’armement des forces de sûreté intérieure.
  3. Cf. Le Système Autonome de Retransmission d’Images pour la Sécurisation d’Évènements (SARISE) désigne un ensemble de caméras dômes (champ de vision sur 360°) de haute définition. Elles sont soit prépositionnées de manière statique sur des points de passage obligés en amont d’un événement, soit embarquées et montées sur des mâts mobiles.
  4. Cf. Le Système d’Information Numérique Standardisé (SINUS) désigne un système de gestion, de traçabilité et de suivi des victimes entre les différents services sanitaires. Particulièrement utile lors de l’afflux d’un grand nombre de victimes, SINUS a été créé en octobre 2009 par la Préfecture de Police de Paris, et a révélé son efficacité lors des attentats de 2015. D’abord destiné à la région Île-de-France, SINUS est aujourd’hui étendu à l’ensemble du territoire français, et connaît aussi un développement dans d’autres pays.

 


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