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Typologie sociologique

LECLERC (Jean-Marc) et GONZALES (Paule), « Le surprenant profil des mineurs radicalisés », in Le Figaro, 28 mars 2018.

Article mis en ligne le 29 mars 2018
dernière modification le 30 mars 2018

par Nghia NGUYEN

Une étude sociologique choc, menée pendant 18 mois par Laurent Bonelli et Fabien Carrié, chercheurs à l’Institut des sciences sociales du politique à l’université de Nanterre. Commandée par les services de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), elle passe au crible les dossiers de 133 jeunes poursuivis pour des affaires de terrorisme ou signalés pour radicalisation.

Les chercheurs ont établi quatre catégories de radicalité : «  apaisante  », «  rebelle  », «  agonistique  » et «  utopique  », la plus dangereuse. Ces catégories sont définies selon des critères d’identité des individus - forte ou faible - et sur la collectivisation ou non, de ce que les chercheurs appellent pudiquement le «  registre subversif  ». De ce travail édifiant il apparaît que les mineurs prêts à passer à l’acte dans les formes les plus violentes - départs pour la Syrie, préparation sérieuse d’attentat, implication active dans la veille et le prosélytisme numérique - sont les plus socialement insérés dans la société, les plus scolarisés. Ils puisent leur passage à l’acte non dans une solitude désespérée mais dans l’émulation d’un réseau soudé. Ils sont aussi les plus nombreux.

Les utopiques : les plus engagés

Leur insertion sociale est optimale. « À peine un peu plus de 10% ont eu affaire, avant leur signalement, à la justice pénale et la police. » Au sein de la catégorie la plus extrême, 35% des engagés djihadistes sont des filles, contre 25% dans les autres catégories. Une majorité de couples parentaux - qui travaillent - est dite de « première génération » migratoire (48,8% pour les engagés djihadistes) et est principalement issue des pays du Maghreb. On compte peu de convertis. Certains - une demi-douzaine de familles - sont des réfugiés politiques venus du Maghreb et du Moyen-Orient.

« Les notions de désintéressement et de sacrifice de soi, fortement valorisées dans le cadre des activités militantes, sont systématiquement réinvesties dans les discours parentaux de promotion de la réussite scolaire », notent les chercheurs. Le taux de scolarisation des mineurs au moment des faits oscille autour de 70%, contre 50% pour les autres catégories. Après un parcours d’excellence jusqu’en troisième, « 40% des “engagés” sont ou ont été inscrits dans des filières techniques et professionnelles et baccalauréat professionnel ».

Ce décrochage scolaire dû à l’intensification de la sélection est d’autant plus vexatoire que les parents ont surinvesti : les mineurs ont leur chambre, disposent d’un ordinateur, ont des activités socioculturelles et sont très surveillés. Une majorité a aussi une « fragilité corporelle », comme l’obésité, jusqu’à 40%. Les chercheurs parlent d’« une vie sous cloche ». L’entrée dans la radicalisation se fait autant par l’outil numérique - légal, puis clandestin - que par les rencontres physiques. Ce collectif, très fort, leur permettra de briller intellectuellement, d’autant que la distance des organisations « leur permet de les façonner, de façon à les adapter à leur univers ». Aussi, « la communauté faiblement structurée, et aux limites mouvantes, qu’ils intègrent détermine tant les passages à l’acte violents et spectaculaires, comme l’attaque de Saint-Étienne-du-Rouvray, que les désengagements », parfois au dernier moment, soulignent les auteurs. Ces cas rentrent-ils dans la statistique des attentats déjoués ?

Les agonistiques : des bombes à retardement à l’origine de tous les attentats

C’est l’archétype de Mohamed Merah, des frères Kouachi, d’Amedy Coulibaly et consorts. Et de tous ceux qui « s’inscrivent plus fermement dans le monde des bandes et de la délinquance » de rue. D’un point de vue social, ce sont les victimes des violences intrafamiliales, du délitement social parental - deuxième ou troisième génération migratoire - et le public habituel de la PJJ.

« Prédomine la recherche d’une image à la fois valorisante et potentiellement menaçante vis-à-vis de l’extérieur. » Car « le monde des bandes est un monde dur, instable et épuisant, dans lequel la réputation est à peu près le seul capital dont peuvent se prévaloir ses membres. Mais celle-ci s’avère coûteuse à entretenir ». « La conversion ou l’intensification de la pratique religieuse constitue une voie de sortie possible », sans que l’on manque pour autant de loyauté envers son groupe d’origine, rappellent les auteurs.

« Si l’investissement durable dans un projet politique ou religieux semble largement hors de portée des plus jeunes », « l’usure de la rue couplée au sens pratique acquis pour y maintenir sa place constituent sans doute des éléments déterminants pour comprendre comment ce type de trajectoire peut ensuite s’orienter vers des registres de radicalité violente ». Mais, à l’instar d’un Coulibaly ou d’un Merah, il leur faudra du temps « avant d’épuiser toutes les options » de la délinquance. Une fuite en avant aggravée par des incarcérations, toujours plus longues. Plus âgés, quitte à mourir, ils préféreront le faire sous les sunlights médiatiques que « dans l’anonymat d’un braquage ».

Radicalité apaisante ou rebelle

Cette radicalisation est individuelle. On y trouve le flot des apologies du terrorisme. La première est majoritairement le propre des filles, dont l’engagement, selon les auteurs, vise à « la mise en ordre de désordres familiaux » par « des règles de conduite strictes », « une représentation du monde expliquant la souffrance » et la possibilité de ne plus être « des victimes passives ». Les rebelles incluent « des formes d’opposition frontale et individuelle aux parents ».

Le djihadiste français, ce petit délinquant sans diplôme

« Naissance en France dans des familles issues de l’immigration, parcours scolaire chaotique, antécédents judiciaires plus ou moins lourds. » La dernière étude de l’Institut français des relations internationales (IFRI) sur les djihadistes tempère le discours ambiant selon lequel « il n’y a pas de profil type » parmi ces individus. En décortiquant les 137 décisions que la justice a bien voulu lui transmettre, le chercheur Marc Hecker a pu analyser les cas de 131 hommes et 6 femmes. Âge moyen : 26 ans. 40% sont originaires de quartiers prioritaires, 47% sont sans diplôme, 24% sont titulaires du bac, 11% sont diplômés du supérieur. 40% ont au moins une condamnation et 12% de ceux qui ont un casier vierge étaient signalés aux services de police.

« Le milieu carcéral n’est pas le lieu principal de radicalisation », note l’étude, même si les plus durs sont passés par la prison. Côté nationalités, 69% sont français, 22% binationaux, 7% issus des pays du Maghreb. Un terrorisme majoritairement « domestique » donc. 26% sont des convertis. Seuls 18% sont nés de parents originaires de France et 7% de couples mixtes. Autres origines des parents : Maghreb (59%), Afrique subsaharienne (9%), Asie (6%). Le plus inquiétant : une soixantaine de terroristes incarcérés en France doivent entre libérés d’ici à deux ans, et bien d’autres après, avec un pic en 2022. L’étude souligne le fort risque de récidive.

Jean-Marc Leclerc et Paule Gonzalès

 


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