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« Soyons fiers de nos armées françaises »

de VILLIERS (Pierre), « Soyons fiers de nos armées françaises », in Le Figaro, 13 juillet 2017.

Article mis en ligne le 19 juillet 2017

par Le Figaro

Le chef d’état-major des armées rend hommage à nos soldats - fantassins, marins et aviateurs. Il souligne le caractère essentiel de leur mission et sa difficulté. Le chef d’état-major des armées rappelle les efforts consentis par les soldats français et leurs familles. Il plaide, enfin, pour le respect scrupuleux des engagements pris à l’égard du budget de la défense nationale.

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Aujourd’hui, comme chaque 14 Juillet, le peuple français a rendez-vous avec son armée. L’accueil toujours plus chaleureux qui lui est réservé n’a rien d’anodin. Il nous dit quelque chose de la relation étroite qui existe entre le pays et ceux qui, en son sein, ont pour mission de le protéger. Il témoigne de la fierté et de la reconnaissance de nos compatriotes pour ce que nos armées font, pour ce qu’elles sont et pour ce qu’elles incarnent.

Ce qu’elles font, d’abord. Au quotidien, elles assurent avec constance et détermination, exigence et discrétion, leur difficile mission de protection de la France et des Français, dans un contexte sécuritaire qui s’est considérablement durci ces dernières années. Partout, la paix et la stabilité sont menacées par des adversaires qui ne connaissent plus aucune limite.

La paix est menacée, bien sûr, par le phénomène du terrorisme islamiste radical qui n’a d’autre projet que la destruction et l’anéantissement de toute altérité, en commençant par les plus démunis et les plus faibles. Cette menace ne se limite plus aux seules zones grises ou aux foyers traditionnels de ce fanatisme idéologique. Elle s’étend désormais à des espaces toujours plus vastes, frappant chacun des cinq continents. La France et l’Europe, parce qu’elles portent un projet de paix et de modernité, sont particulièrement visées.

Mais une menace peut en cacher une autre. Certains États-puissances n’hésitent plus désormais à tutoyer la ligne rouge. Soucieux d’étendre leur influence, y compris par l’expansion territoriale, ils mettent en œuvre des stratégies agressives et investissent des champs nouveaux comme le cyberespace et l’espace extra-atmosphérique. Bien que moins immédiate et perceptible, cette menace n’en est pas moins réelle. Elle se traduit, entre autres, par l’augmentation sensible des dépenses de défense à travers le monde. Un signe ne trompe pas : en 2016, les ventes d’armes ont retrouvé leur niveau de la fin de la guerre froide. Les dépenses militaires représentent désormais 1700 milliards de dollars, soit 2,3% du PIB mondial.

Face aux dérives potentielles de la puissance, nos forces armées mettent en œuvre la capacité de dissuasion nucléaire. Simultanément, elles participent activement aux mesures de défense et de protection du territoire, aux côtés des forces de sécurité, par les postures permanentes (NDRL : dispositifs militaires) de sûreté aérienne et de sauvegarde maritime et grâce à un dispositif de forces prépositionnées à l’étranger cohérent.

Enfin, parce que nous sommes face à un ennemi qui s’appuie sur des sanctuaires, les militaires français sont engagés, avec nos alliés, au plus près des zones refuges des organisations terroristes, principalement dans la bande sahélo-saharienne et au Levant. En parallèle, ils y accompagnent la montée en puissance des forces armées locales. Sur ce chemin, ils savent que gagner la guerre ne suffit pas à gagner la paix. Ils comprennent que la réouverture d’une école est au moins aussi importante que la destruction d’un objectif.

Les opérations - là-bas et ici - contribuent directement à la sécurité nationale qui repose, avant tout, sur une continuité effective entre sécurité intérieure et défense extérieure. La multiplication accélérée des périls sécuritaires, de toute nature, notamment sur les approches du continent européen, révèle, par contraste, l’existence d’une véritable communauté de destin qui réunit l’ensemble des pays de l’espace euro-méditerranéen et qui appelle une réponse coordonnée.

L’action des hommes et des femmes de nos armées est déterminante. Ils le savent et sont résolus à poursuivre ce combat, malgré les difficultés. Un de nos soldats, héros de notre temps, tombé au Mali au mois d’avril dernier, servait dans un régiment dont la devise est « Je continuerai ! » Elle pourrait être celle de nos armées tout entières. Soldats, marins, aviateurs, d’active et de réserve, civils de la défense, sont plus que jamais décidés à faire en sorte que notre pays tienne la position. À faire en sorte d’assurer la protection de la France et des Français avec le même niveau d’exigence et la volonté d’insérer leur action dans une approche globale. À faire en sorte de cultiver l’excellence, y compris dans les domaines technologiques les plus pointus, au prix d’une remise en cause permanente. Cet état d’esprit est un marquant de l’énergie et de l’équilibre de nos armées. Il nous révèle aussi ce qu’elles sont.

Une force jeune, d’abord, avec une moyenne d’âge de 33 ans. À chacun de mes déplacements sur le terrain, je constate la formidable richesse de cette jeunesse, venue de tous les horizons pour servir. Je le lis dans le regard de ces soldats, que je retrouve au fin fond du Sahel, écrasés par la chaleur du désert et, malgré tout, toujours partants. Je le vois à l’application mise par les pilotes et les mécaniciens dans leur travail de précision sur la base aérienne de Jordanie. Je le sais quand j’écoute le marin embarqué parler avec passion de son métier qui allie endurance et haute technicité. Je le constate chez les sept mille militaires qui patrouillent quotidiennement, à Paris et en province, là où vivent nos compatriotes. Tous supportent, avec courage et désintéressement, les contraintes liées à leur état de militaire et les absences répétées de leurs foyers - parfois jusqu’à 250 jours par an. Cet effort est également celui de leurs familles, qui méritent notre reconnaissance et toute notre attention. Le courage de tous concourt directement au succès de nos armées.

C’est ce même état d’esprit et ce même élan qui transparaît chez ceux qui défilent, aujourd’hui, avec leur unité, sur les Champs-Élysées et partout en France. Je l’affirme : nous avons une belle jeunesse, animée par le sens du service et la volonté de donner un sens à sa vie. Elle sait qu’il faut, pour cela, savoir s’engager sur un chemin exigeant ; et elle le fait. Cette force jeune est aussi une force en mouvement, qui ne craint pas de sortir de sa zone de confort et de casser la routine pour s’adapter à un environnement sans cesse changeant. Cet ajustement permanent peut être inconfortable, mais il est essentiel. L’équation est simple : s’adapter pour dominer ou se figer et être dominé.

Dans les faits, cette exigence se traduit par la nécessité d’une modernisation régulière de nos capacités, seule voie possible pour espérer préserver notre avantage technologique face à des compétiteurs toujours plus nombreux et toujours plus innovants. Elle se traduit également par la nécessité de rendre notre organisation plus agile et plus efficace. Beaucoup a été fait, ces dernières années. Il faut désormais intensifier l’effort dans le domaine de la condition du personnel où des améliorations sont légitimement attendues. Ce sujet est, pour l’équipe que je forme avec les chefs d’état-major d’armée, derrière notre ministre des armées, Mme Florence Parly, une préoccupation de premier plan. Il s’agit, avant tout, d’une question de juste reconnaissance pour ceux qui ne comptent pas leurs efforts pour faire de nos armées une force prête.

Il est, en effet, plus que jamais nécessaire que nos armées françaises soient aptes à répondre sur toute la largeur du spectre des menaces : sur terre, en mer, dans les airs, dans l’espace et, désormais, dans le cyberespace. Le choix, effectué il y a plus d’un demi-siècle, de disposer d’un modèle d’armée complet répondait à cette nécessité. Il n’a cessé d’être réaffirmé depuis. Notre modèle est, aujourd’hui, en étroite cohérence avec la situation sécuritaire globale et les ambitions de notre pays. Il l’a prouvé et le prouve encore, au quotidien. Il répond à la volonté de la France d’être en capacité d’entrer en premier sur un théâtre ou d’être nation-cadre d’une opération multinationale. Il répond également à cette conviction, partagée par tous les militaires, qu’on n’est jamais plus fort qu’à plusieurs.

Cette conscience n’est pas nouvelle. La présence d’unités de l’armée américaine à Paris, pour commémorer le centenaire de l’engagement de deux millions d’Américains unissant leurs destinées à celles des soldats français et de leurs alliés, en témoigne. Nous travaillons, aujourd’hui, avec la même détermination, au renforcement des coopérations militaires avec les armées des pays amis et alliés, et en particulier avec les Européens, avec lesquels nous améliorons sans cesse notre interopérabilité.

Pour autant, nos armées sont confrontées, depuis plusieurs années, à une situation de forte tension, sous l’effet combiné d’un niveau d’engagement très élevé qui s’inscrit dans la durée - 30 000 soldats en posture opérationnelle, de jour comme de nuit, depuis plus de deux ans - et d’un contexte budgétaire compliqué. Ce grand écart n’est pas tenable. Notre liberté d’action en souffre déjà, ponctuellement. C’est le cas, par exemple, à chaque fois qu’une opération doit être différée, voire annulée, faute de moyens disponibles.

Pleinement conscient de cette situation, le président de la République, chef des armées, a réaffirmé la nécessité de s’engager sur la voie de la régénération du modèle, avec comme objectif de consacrer 2% du PIB à la défense, à l’horizon 2025, soit 50 milliards d’euros courants (hors opérations extérieures et hors pensions). Il est important que cette trajectoire qui doit nous conduire vers cet horizon soit initiée, dès 2018, puis respectée dans la durée, pour préserver l’indispensable cohérence entre les menaces, les missions et les moyens. C’est à cette condition que nos armées pourront demeurer ce qu’elles sont et refléter ce qu’elles incarnent.

Je pense pouvoir affirmer, pour vivre au milieu d’elles depuis plus de quarante années, qu’elles sont à l’image du pays. Elles partagent son caractère ; elles rendent compte de sa diversité ; elles incarnent ses valeurs. Là réside une part essentielle de la motivation des jeunes à nous rejoindre. Ils savent qu’ils vont combattre pour la liberté ; qu’ils vont vivre l’égalité sous l’uniforme ; et que la fraternité sera leur quotidien.

La liberté, d’abord, dont on mesure, aujourd’hui peut-être plus qu’hier, combien elle est fragile et combien il est important de se battre pour la protéger. « Sauvons la liberté, la liberté sauve le reste », écrivait Victor Hugo. Cette conviction est le moteur de l’action des hommes et des femmes de nos armées.

L’égalité, ensuite, parce que sous l’uniforme seul importe le sentiment d’un destin partagé. Face au danger, les différences ne résistent pas bien longtemps. Mais, de retour à la base ou au quartier, l’égalité des chances n’est pas, non plus, un vain mot. Chez nous, chacun se voit offrir l’opportunité de s’élever.

La fraternité, enfin, ce que nous, militaires, appelons esprit de corps, esprit d’équipage ou fraternité d’armes. Dépassant l’individualisme, elle se construit, patiemment, sur les joies partagées et, surtout, sur les épreuves surmontées ensemble. Rien ne résiste à sa force et à son assurance.

C’est, probablement, ce que beaucoup de nos compatriotes ressentent au passage du drapeau qui précède les troupes. Un emblème tissé du fil des épreuves et des ambitions de la Nation. C’est ce qu’il représente que nous saluerons. C’est devant ce qu’il signifie que nous nous inclinerons.

Comme l’a rappelé le président de la République, à Gao, au Mali, le 19 mai dernier : « La sérénité de nos existences, la sécurité de nos enfants, les joies de chaque jour ont un prix, c’est celui (des) sacrifices. » Ceux de nos soldats, de nos marins, de nos aviateurs qui ont mis leur vie au service du succès des armes de la France. Soyons fiers d’eux. Soyons fiers de nos armées françaises.

Général Pierre de Villiers

 


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